Vitesse, temps de travail et usure mécanique...
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| Le site de l'interdit | |
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| Les élus CGT du Technocentre de de Renault à Guyancourt (78), site endeuillé par trois suicides de salariés en 2006 et 2007, ont écrit aux députés, qui discutent actuellement du temps de travail, pour dénoncer "l'excès de liberté que donne déjà la loi aux employeurs". L'Interdit publie cette lettre ouverte dans son intégralité.
Le technocentre de Renault. Image trouvée sur Flickr, signée Charles Nouyrit Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur,
"Mesdames et messieurs les députés, vous allez légiférer sur la durée du travail. Nous, représentants des salariés, nous adressons à vous, représentants des citoyens et garants de l'ordre public et social.
Mesdames et messieurs, comme vous le savez, le Technocentre a connu une série de suicides en l'espace de deux ans. Si toutes les entreprises étaient frappées de la même manière, ce serait un fléau comparable aux morts sur les routes. Avec sans doute des proportions équivalentes entre morts et blessés. Mesdames et messieurs les députés, le travail nous dévore la vie. La résistance humaine a des limites. Elles sont atteintes. Et la loi le permet déjà aujourd'hui. Aller plus loin serait déraisonnable. Comment est ce possible ? - D'une part, par un système de servitude volontaire, « une culture du sur-engagement » liée notamment à la combinaison de la passion pour son métier, de l'ambition professionnelle et d'un système managérial qui s'appuie sur ces leviers pour atteindre des objectifs de plus en plus ambitieux » selon les termes du cabinet d'expertise. - D'autre part, en raison de l'excès de liberté que donne déjà la loi aux employeurs, et qu'ils utilisent pleinement : Dans la réalité, au Technocentre, pour une moitié de la population (les techniciens), 95% des heures supplémentaires sont non déclarées, en toute impunité. La loi, qui ne prévoit pas de mesure statistique indépendante de la durée du travail, est inopérante. Pour l'autre moitié de la population, le travail est décompté en jours, et la durée théorique maximum de 13h ne donne lieu à aucun contrôle indépendant. Tous les jours de congés sont capitalisés automatiquement au fur et à mesure de leur acquisition, sans majoration, sans limite maximum, sans limite de durée autre que le départ à la retraite. Que reste des 35h, même annualisées, que reste t-il des 218 jours maximum par an ? Et c'est conforme aux lois de la République, puisque la justice Républicaine l'a validé. M. le ministre Xavier Bertrand s'était rendu lui-même au Technocentre pour avoir un échange direct avec les représentants de la direction et des salariés. Cela ne l'a pas empêché de citer Renault en exemple. Il semble qu'il n'ait pas entendu les alertes des organisations syndicales, puisque les mesures qu'il a proposées ne vont malheureusement pas dans le sens de la prévention des risques pour la santé. Tout dépassement de la durée du travail légale, qu'elle soit la période, journée, semaine, année, devrait donner lieu sans exception à une pénalisation financière qui augmente avec l'écart. Mesdames et messieurs les députés, nous vous demandons de mesurer les conséquences sur la santé des « assouplissements » que demandent les employeurs. Ainsi, vous avez voté début 2005 une loi qui exclut les déplacements du temps de travail. Un ingénieur du Technocentre peut travailler 13h dans la journée en usine pour un démarrage de véhicule, rentrer à 1 h du matin seul en voiture, et repartir à 5h du matin pour une réunion à 8h chez un fournisseur, réunion dont il ne décide ni de l'heure ni du lieu. Cela se faisait déjà avant 2005. C'est ce que faisait fréquemment Antonio de B, un de nos collègues disparus. Mais, depuis cette loi, c'est légal. Est-ce raisonnable ? Mesdames et messieurs les députés, les juristes de l'UIMM vont s'engouffrer dans chacun des interstices du texte que vous allez voter, pour appliquer la loi sans l'appliquer. Mesdames et messieurs les députés, il n'existe pas de permis à points pour les PDG. Celui de Renault, comme tant d'autres, conduit pied au plancher. Rien ne le freine. Et il ne s'agit pas de compétitivité. Il s'agit d'une course à la rentabilité, où chacun veut être le premier, comme en Formule 1. Notre PDG, en ce qui le concerne, veut être aux commandes du « constructeur généraliste européen le plus rentable » en 2009. Mais même la formule 1 a ses règles. Les entreprises aussi sont de plus en plus performantes, et vont de plus en plus vite. Par contre, une pièce mécanique trop sollicitée qui casse se remplace. Mais une vie humaine, non. Mesdames et messieurs les députés, notre situation est peut-être extrême. Mais elle existe dans beaucoup d'entreprises. Et elle ne devrait plus être possible, de part la loi. La liberté des employeurs doit s'arrêter là où commence la santé des salariés. Un des discours cité sur le site de l'Assemblée nationale dans les grands moments d'éloquence de votre assemblée, est celui du député Agricol Perdiguier en 1848. Nous comptons sur vous. Pour nous. Pour nos proches. Pour tous. À lire sur le même sujet dans la rubrique "Douce France" : Le site de l'interdit |